Le politiquement incorrect, cette imposture…
Médias 9 décembre 2009Il y a tout juste quelques semaines, Marianne consacrait sa une aux “faux” politiquement incorrects. Le dossier, pas bien lourd, part un peu dans tous les sens. Certains éditorialistes sont égratignés à juste titres, comme Rioufol ou Zemmour, mais au milieu d’eux se retrouvent, en vrac, Clémentine Autain ou encore Mathilde Seigner, dans un gros mix “politiques, chroniqueurs et peoples”. Si pour les deux premiers, le “politiquement incorrect” est clairement revendiqué, pour les deux autres, on cherche où est-ce qu’ils en ont fait un argument de vente. Il semble que Marianne voit de la volonté de “mal pensance” partout, y compris là où elle n’est pas.
Par contre, elle n’en voit pas chez elle. Du moins, pas de la “fausse”. Le but à demi avoué de ce dossier bien léger ? La promo du dernier livre du patron Jean-François Kahn, auto proclamé “vrai politiquement incorrect” : c’est ce qui est écrit noir sur blanc en tête des 6 pages d’extraits de son bouquin, nouveau tome de “L’Abécédaire mal-pensant” (sic). On se dit qu’avec un titre comme ça, le livre risque de balancer grave. Que neni, il s’agit plus d’une compilation de jeux de mots qui égratigne autant leurs cibles qu’un sketch de Laurent Gerra. Dans le même numéro, un petit article consacré à Edouard Leclerc aura même l’audace de citer Marianne comme aussi indépendant que le Canard Enchaîné. Pour un journal rattaché au Modem et bourré de publicité, c’était culotté. Mais après tout, cette prétendue liberté de ton est le crédo de Marianne depuis toujours…
Qu’il s’agisse du vomi islamophobe d’Ivan Rioufol ou de JFK, ce positionnement “politiquement incorrect” cache généralement un vide sidéral de la pensée. La mode en ce moment est aux “rebels”, et il faut absolument en être, peu importe qu’on raconte la même chose que la majorité des médias et qu’on y ait son rond de serviette. Il suffit de le répéter suffisament fort, de prétendre être le seul à dire “la vérité”, de se présenter en victime d’une prétendue omerta médiatique qui voudrait les faire taire, en espérant que les gens y croient. Ce n’est pas pour rien que Rioufol répète les mêmes mots “politiquement correct” et “bien pensance” à longueur de blog. Un autre de ces “mal pensants”, Claude Allègre, osait conclure son invitation dans Le Grand Journal par “Merci de m’avoir invité, c’est important d’avoir une pluralité de l’information”. Pour quelqu’un qui publie régulièrement ses tribunes dans Le Monde, Le Point ou Le Figaro, qui fait le tour des plateaux télé, qui est encensé par les 3/4 des éditorialistes, et dont le discours est à peu près le même que celui des gros industriels, c’est gonflé.
Vouloir être “proche des vrais gens”, quand on fait partie d’une caste de privilégiés, c’est aussi une partie du discours “mal pensant”. Rioufol s’imagine en défenseur du bon peuple français face aux élites. C’est déjà ce que racontaient les Républicains pendant la campagne électorale américaine. Pas très crédible…
Est-ce qu’un Noam Chomsky ou un Serge Halimi passe son temps à brailler contre la “pensée unique” ? Non. Leurs discours sont pourtant loin d’être majoritaires et prédominants dans les médias. Bien moins en tout cas que celui de Kahn ou de Zemmour. Mais pas besoin de prétendre être “politiquement incorrect” quand on a vraiment quelque chose à dire.
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