La Journée de la Jupe
Télévision 22 septembre 2009Ca faisait un petit moment que je me disais que je devais voir ce film, mais un article de Mona Chollet à propos de ce splendide film a fini de me convaincre.
C’est bien connu, le politiquement correct et la pensée unique interdisent de dire la vérité sur les banlieues. On le voit bien dans les médias, les étrangers qui vivent dans les cités sont montrés comme étant de pauvres victimes du racisme des Français, alors qu’en fait, c’est eux qui sont racistes anti-blancs. Heureusement, un courageux réalisateur a décidé de braver la loi du silence pour révéler ce qu’il se passe vraiment dans les quartiers difficiles. Il a bien évidemment été confronté à toute la bien-pensance qui lui a mis des bâtons dans les roues (subventions, diffusion à une heure de grande écoute, critiques élogieuses, sortie au cinéma…), mais son film a finalement pu être vu par des millions de personnes qui ont découvert la vérité.
Voilà, je garde ce petit paragraphe au chaud pour le blog Winner, maintenant un peu plus de sérieux. Car que dire de ce téléfilm ? On passera rapidement sur la forme : mise en scène pitoyable, jeu d’acteur ridicule, on est bien en face d’un de ces téléfilms de seconde zone dont les chaînes françaises rafollent. Passons aussi sur le ridicule du scénario : une prof d’un collège difficile, Sonia Bergerac, se retrouvant à prendre malgré elle sa classe en otage. Regardons plutôt le fond. Il faut voir ce film, pour y voir en condensé tous les fantasmes d’une droite extrême qui voit dans les banlieues et les étrangers un péril à nettoyer au karsher et à expédier fissa hors des frontières. Si Le Droit de Savoir et le JT de TF1 étaient adaptés au cinéma, c’est exactement ce que serait La Journée de la Jupe.
On commence par un petit détail qui a son importance. Le film commence avec plusieurs élèves d’un lycée, les acteurs ayant visiblement autour de 16, 17 ans, voir plus. Un peu plus tard, on voit la façade, indiqué bien visiblement “Collège”. Comment ? Ca n’est pas un lycée ? Est-ce une erreur de casting ? De lieu de tournage ? Ou l’envie de montrer que tous les jeunes de cité sont des cancres ayant redoublé de nombreuses fois ? Mais tout le film est construit autour de ces clichés.
A commencer par les collègues d’Adjani, dépeints comme des pleutres masochistes qui passent leur temps à excuser les délinquants : le proviseur qui préfère se carapater chez lui n’est pas le pire. Il y a aussi le prof qui garde le Coran dans son cartable, pour montrer qu’il “s’intéresse à leur culture” (oui, dans le film, le Coran est une obsession et tous les élèves ne jurent que par lui). Mais le comble est sans aucun doute le prof d’espagnol, qui “kiffe les mêmes musiques”, et surtout, se laisse tabasser en excusant ses agresseurs : “Vous voulez que je porte plainte contre un cri de détresse ?” (on se demande comment il a pu se faire tabasser malgré la présence de policiers partout, mais ça n’est pas là la seule grossièreté du scénario). Bref, les clichés les plus grossiers sur les profs “gauchistes” et “droit-de-l’hommiste”. J’offre un BN à celui qui me trouve une personne ayant la même réaction dans la vie réelle. Ca fait cher le biscuit, oui.
Des profs lâches donc, mais aussi des profs anti-racistes ! N’ont-ils pas l’insulte facile envers leur collègue ? “Elle est un peu raciste”. Le film aura l’occasion de démontrer que cette obsession anti-raciste n’est pas à propos. Une prof irréprochable, donc, et surtout pas raciste pour un sou. Ce qui n’est pas le cas des élèves. Eux, sont, bien évidemment, antisémites : quand l’un d’eux veut s’assoir sur une chaise cassée, qui donne surtout l’impression d’être là pour lui donner la réplique, le voilà qui s’exclame : “C’est quoi cette chaise de feuj ?”. Une bonne occasion pour Sonia de lui faire son laïus sur le racisme. Toujours sur le racisme, cette scène ou la mère (arabe) d’un élève se plaint du racisme. Aussitôt, comme pour prouver qu’elle a rêvé et qu’en fait c’est son fils le raciste, voilà un petit restaurateur chinois (qui n’échappe pas non plus aux clichés : il parle en “petit nègre”) qui se plaint d’avoir vu son restaurant mis à sac trois fois. Moralité du film : le racisme contre les Noirs et les Arabes n’existe pas (depuis le temps que Le Pen le répète, on aurait dû le savoir) , ce sont en fait les Noirs et les Arabes qui sont racistes et antisémites ! Une raison de plus pour les bouter hors de nos frontières ?
Ca balance grave contre l’anti-racisme donc, mais pas seulement. Le laxisme est aussi ciblé par le réalisateur. Laxisme des parents d’une part, puisque la mère de Mouss (le “méchant” de l’histoire) ne veut pas voir que son fils est un délinquant et le prend pour une gentille victime. Ensuite, laxisme de la justice, puisque Mouss, au départ soupsonné d’être le responsable de la prise d’otage, devrait s’en sortir avec “trois fois rien”. Une façon de faire comprendre tout le bien fondé des lois Dati sur la justice pour les mineurs.
Mais le coeur du film tourne autour de Mouss et de ses petits camarades. Pour ceux qui n’auraient pas bien compris que les “méchants” sont Musulmans, ils répètent continuellement leur attachement à la religion qui “menace la France” : “Tu connais pas ta prière !”, “Jte jure sur le Coran”… les références reviennent toutes les 2 à 3 minutes. Mais être pieux n’est pas leur seule caractéristique, puisque les jeunes de banlieue sont aussi dangereux (Mouss étant celui qui ramène son arme dans son sac… pourquoi ? d’où vient-elle ? le scénario ne s’embarasse pas de ce genre de questions gênantes), fourbes (la scène où Mouss feint de tomber dans les pommes et où la généreuse prof vient à son secours), et bien sûr violeurs, puisque Mouss trimballe avec lui des vidéos de viol sur son portable, qu’une de ses camarades va découvrir “totalement par hasard” (qu’est-ce qu’elle faisait à aller fouiller dans ses vidéos, nul ne le sait vraiment).
Qu’est-ce qui va donc justifier un tel traitement et une telle caricature des jeunes enfants d’immigrés de banlieue ? L’islamophobie ? Non bien sûr, on a vu plus haut qu’aucune pensée raciste n’existe en France envers les Noirs et les Arabes. L’islamophobie, ça n’existe pas, point. C’est une valeur bien plus universelle, que ces sales gauchistes seraient bien malvenus de critiquer : la laïcité bien sûr ! C’est pour défendre la laïcité que Sonia, qui est, grande révélation du film, fille d’immigré algérien, a eu le bon goût de taire ses origines, d’être pâle, et de porter un nom a consonance très française. Une chance qui n’est pas donnée à tout le monde, certes. Pour la droite dure, un bon immigré est donc un immigré qui a le bon goût de taire son identité. Les Français de souche, eux, n’ont bien sûr pas à prendre de telles précautions, bien au contraire, puisque qu’il leur faut affirmer par dessus tout leur identité nationale.
Et la jupe dans tout ça ? Tout un symbole ! Celui de la lutte contre l’oppression machiste des jeunes de banlieue principalement, qui décidemment cumulent toutes les tares du monde, soutenus par les autres professeurs (”Elle s’habille un peu mal à propos”). Porter une jupe est donc pour Sonia un acte de résistance, elle qui, a l’inverse, a préféré taire ses origines pour ne pas faire de remous. Contradiction ? Là où l’utilisation de la jupe comme symbole contre les intégristes musulmans est amusante, c’est quand on regarde l’actualité récente : les jupes interdites dans un lycée d’Etampes, par une proviseure assez puritaine qui n’a pas grand chose en commun avec les “machistes” de banlieue, ou encore au Soudan, une femme condamnée pour avoir porté non pas une jupe… mais un pantalon.
Des clichés en pagaille, c’est tout ce qu’on retiendra de ce film, qui ressemble à un mauvais sketche d’un comique raté. Mais non, le réalisateur a tout fait au premier degré. Il vend son film comme étant “le vrai visage de la banlieue”. Pas étonnant que toute la réacosphère ait applaudi des deux mains ce navet : elle y retrouve l’exacte vision qu’elle aime se faire des cités et des immigrés, tout ça sans avoir à bouger de son fauteuil.
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