Dès que quelqu’un dit une connerie, il trouvera toujours des défenseurs pour expliquer le fond de sa pensée, pour dire qu’il fallait comprendre autre chose que le texte, pour se plaindre des médias qui se trompent forcéments et qui “lynchent”… Cette fois, c’est le Pape. Regardons ce qu’il a dit : « On ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d’augmenter le problème. » Choquant n’est-ce pas ? Voyons ce que certains ont à dire pour sa défense. On retrouve les réactionnaires habituels, de Valeurs d’Antan à Rioufol, mais aussi, plus surprenant, Maître Eolas, qui prouve une fois de plus en verrouillant les commentaires qu’il vaut mieux être d’accord avec lui, puisqu’il dit La Vérité. Au final, on a presque plus d’articles pour rectifier ce qu’a dit le Pape. D’une part, ce n’est pas la phrase entière, ce qui est vrai. Regardons la :
« Je dirais qu’on ne peut pas surmonter ce problème du SIDA uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n’y met pas l’âme, si on n’aide pas les Africains, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d’augmenter le problème. La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l’un avec l’autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent. »
C’est vrai que d’un coup, le sens change du tout au tout… ou pas. L’englobage du barratin habituel de l’Eglise à grand coup d’amitié entre les peuples et de spirituel n’est pas vraiment une mesure concrète de lutte contre le Sida. Quelle est donc cette mesure concrète qui se cache derrière ? Venant du Pape, la réponse est évidente : fidélité et abstinence. Autrement dit, la vision habituelle et oh combien progressiste de l’Eglise : anti-contraception, anti-homosexualité, anti-plaisir. Notons au passage qu’en refusant le préservatif, forcément associé au libertinage le plus total, il refuse toute sexualité aux séropositifs qui seraient néanmoins fidèles et chastes.
Suite au mécontentement venant de ses fidèles mêmes, l’Eglise fait un demi-tour complet sur le sujet. “Maintenant, on reconnaît le préservatif !”. Bien sûr, le tout est accompagné d’une étude, forcément pas très objective, qui conclut que abstinence et fidélité sont les principales causes du recul du Sida loin devant la capote. On peut effectivement s’en protéger par ces moyens, et se faire chier par la même occasion. On remarquera que le Sida est plus répandu en Afrique qu’en Europe, un continent pas plus sensible à la débauche, mais surtout moins éduqué sur le préservatif et ou celui-ci est moins accessible… Mais cette comparaison ne correspond pas à la morale de l’Eglise, on préfèrera donc la taire.
Second point, l’avortement. L’histoire de cette fillette brésilienne de 9 ans excommuniée était certe locale, et le Vatican s’est opposé à cette excommunication. Mais il n’a pas non plus approuvé l’opération. Benoît XVI a d’ailleurs confirmé cette position en refusant l’avortement thérapeutique. Nouvelle polémique, nouveaux démentis de l’Eglise. Il n’a pas utilisé le mot “thérapeutique” dans son discours. Il faisait pourtant bel et bien référence à une loi qui autorise l’avortement thérapeutique, et uniquement celui-ci. On a donc tour a tour un message bien réac de Ben, et un démenti qui vient clamer qu’il n’a jamais dit ça et que ce n’est qu’une pauvre victime d’un acharnement médiatique. C’est oublier un peu vite d’autres déclarations claires et nettes sur le sujet par Benoît XVI lui-même. Notons aussi que l’Eglise reste évasive sur le sujet en n’acceptant l’avortement que s’il s’agit d’un “accident”. Ou s’arrête l’avortement volontaire, ou commence l’accident ? Est-ce qu’un avortement thérapeutique peut vraiment être considéré comme accidentel ? L’Eglise ferait bien de balayer devant sa porte, d’autant plus que la doctrine de l’abstinence et de la lutte anti-IVG a un effet inverse.
Faire passer l’idéologie réactionnaire de l’Eglise tout en se victimisant. Montrer le Pape, le plus grand “poseur de tabous” qui soit, comme un “briseur de tabous”. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la com du Vatican est décidément très au point. Après tout, le Pape n’est pas le seul à être capable de dire une chose puis son contraire.
Doit-on pourtant s’étonner ou être choqué des propos du Pape ? Demander sa démission ? Un autre Pape ne dirait rien d’autre. Jean-Paul II n’était pas différent de Benoît XVI sur le sujet. C’est bien dans la doctrine de l’Eglise que se trouve le fond du problème. Heureusement que même en son sein, les avis sont partagés.