Les risques-tout

Ecrit par Moogle le 18 février 2009

Les Echos publie un article de Pascal Salin. Intitulé “Le profit ne se partage pas”, il nous explique en quoi il est normal que les actionnaires gagnent tant d’argent, pourquoi il ne faut surtout pas tenter de redistribuer les richesses, autrement dit, pourquoi il ne faut strictement rien changer au système, puisque “Ce partage des rôles n’a pas été décidé par un quelconque architecte social. Il a été sélectionné peu à peu au cours de l’histoire parce qu’il correspondait à la forme d’organisation sociale la plus efficace, celle qui a été préférée par tous, producteurs ou épargnants.” A t-il été demandé à “tous” si c’était effectivement ce qu’ils préféraients ? Et quid de la crise qui remet à mal ce modèle, pas si parfait que ça ? Pour Pascal Salin, mieux vaut l’ignorer.

Pourquoi y a t-il donc un partage des profits aussi injuste ? Parce que les actionnaires prennent des risques, contrairement aux salariés. En effet, être actionnaire, c’est risqué. Une année, on peut toucher un million de dividendes, et l’année suivante, seulement 300 000. On me dira qu’il existe aussi de petits actionnaires. Certes. Mais sont-ils tous si petits que ça ? Entretenir un portefeuille d’actions n’est pas à la portée du premier Smicard venu. Et ces “petits” actionnaires ne comptent généralement pas sur la Bourse comme seul revenu, à moins d’être de parfaits crétins. Un actionnaire, gros ou petit, fera toujours parti d’une classe relativement aisée. Risque t-il de se retrouver à la rue du jour au lendemain ? Non. Au pire, il devra faire une croix sur le champagne… Le salarié, par contre, peut bien plus vite basculer dans la précarité, quand il n’y vit pas directement en travaillant. Qui prend donc le plus de risques ? Il suffit de voir qui subit la crise économique pour voir que le risque n’est pas réservé aux actionnaires, bien au contraire.

Puisque de plus en plus, on transfert le risque depuis les investisseurs vers les travailleurs (précarisation des contrats, licenciements plus simples, baisse des prestations sociales), pourquoi ne pas faire également un transfert des profits ?

Les malpensants

Ecrit par Moogle le 17 février 2009

Quel est le point commun entre les journaleux de Valeurs d’Antan, Yvan Rioufol, Dieudonné et tant d’autres ? Si les deux premiers sont liés par beaucoup de points communs, allant de la haine du bronzé au fanatisme ultralibéral, le lien avec le troisième est plus délicat, puisqu’à première vue tout les opposes. Réponse : une furieuse envie de se considérer comme des rebelles mal-pensants, défenseurs de la liberté d’expression et victimes du politiquement correct.
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Pouvoir d’achat

Ecrit par Moogle le 6 février 2009

Plusieurs mois déjà que l’on ne parle presque plus que de ça. Plusieurs mois que la préoccupation principale des Français est devenu le pouvoir d’achat. Pouvoir acheter, il n’y a donc que ça pour faire rêver les gens ? Le pouvoir ne serait donc que celui de s’acheter un paquet de pâtes ou un téléphone portable ? Il n’y a pas des pouvoirs qu’il serait plus intéressant d’avoir ? Le pouvoir de choisir sa vie librement. Le pouvoir de participer démocratiquement à l’organisation de la société. Mais non. Tout ce qui compte, c’est l’argent et les biens qu’on achète avec. Donc, plus on a d’argent, plus on a de pouvoir. Drôle d’idée de la démocratie…

Les hypermarchés sont les premiers à avoir profité du filon. Vite vite, organisons “Les 10 jours du pouvoir d’achat”. Pendant 10 jours, on offrira aux gens des bons d’achat et des réducs sur tout un tas de produits. Comme ça, on leur vend ce dont ils n’ont pas besoin tout en se faisant passer pour les défenseurs de leur pouvoir d’achat. Qui a en réalité baissé entre avant et après leurs courses, puisqu’ils ont moins de sous. Mais l’important est le ressenti. Au final, rien n’a changé, c’est juste le mot “Pouvoir d’achat” qui est fédérateur. Récemment, j’entendais des Freenautes* déclarer tout le bien que Free avait fait à leur pouvoir d’achat. Avant, ils n’avaient pas Internet, montant de leur facture : zéro euros, maintenant, ils l’ont pour 30 euros, mais ils arrivent à croire que leur pouvoir d’achat a augmenté avec une facture mensuelle supplémentaire.

Même à gauche, on s’y met : on dramatise la baisse du pouvoir d’achat à l’extrême, en promettant aux gens de leur faire retrouver l’âge d’or où ils pouvaient brûler de l’essence sans y faire attention. Et ce ne sont pas les rmistes, les smicard, ceux qui sont vraiment dans la précarité qui sont visés, mais bien les classes moyennes. L’augmentation de la précarité, la baisse de l’égalité devant l’accès aux soins, la traque des travailleurs sans papiers, les attaques contre les droits de l’homme et la liberté devraient pourtant avoir un peu plus d’importance que la marque des pâtes et la taille de l’écran plat de Mme Michu.

Malgré la crise, on reste dans une société consumériste : j’achète, donc je suis.

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* Il faudra que je fasse un article sur les Freenautes un de ces jours, car il est amusant de les voir prier Xavier Niel comme un Dieu.

Contradiction is my style

Ecrit par Moogle le 2 février 2009

Dans un article du Nouvel Obs, Brice Hortefeux mets en lumière les contradictions de la droite et nous gratifie de deux exemplaires splendides :

  • “Brice Hortefeux a souligné que le gouvernement est ouvert au “dialogue”, “marque de fabrique du sarkozysme”, mais ne changera pas de cap” : Nous écoutons l’avis des autres, et ensuite, ils vont se faire foutre. On dialogue, mais juste pour faire joli.
  • “La réforme est tout simplement indispensable car si nous voulons préserver notre mode de vie et le transmettre à nos enfants, on ne peut pas sombrer dans l’immobilisme” : Nous devons réformer pour ne rien changer. Si nous ne faisons rien, nous risquons d’évoluer, avouez que ça serait quand même dommage.

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