Vous avez peut-être déjà vu ces messages qui vous proposent de gagner quelques milliers d’euros sur PayPal pour un investissement de 5 euros seulement ? Si non, rappellons le principe : vous recevez une liste de 5 comptes PayPal. Vous envoyez 5 euros au premier de la liste. Vous effacez son compte, mettez le votre en fin de liste, et renvoyez le message au maximum de personnes possibles. Si un nombre assez important de personnes reçoivent le message, jouent le jeu et renvoient le message, votre compte fini par être en tête de la liste chez suffisament de monde pour gagner les milliers promis. Certains diffusaient même une vidéo ou des photos de leur compte PayPal (sic) pour prouver que le concept était valable. Sur le principe, ça marche. On a une pyramide dans laquelle chaque personne donne à ceux qui sont au dessus, et reçoit de ceux qui sont en dessous. Mais le système se heurte à une dure réalité : il n’existe pas une infinité de gogos pour jouer le jeu, et la pyramide fini par s’écrouler. Plus on descend dans la pyramide, plus les gains s’amenuisent, et les derniers (et les plus nombreux) sont ceux qui auront donné leurs sous dans le vide à ceux du haut, le tout sans moufter avec l’espoir de gagner à leur tour le jackpot. On notera au passage que le grand gagnant de l’opération, c’est PayPal, qui prend sa commission sur chaque transaction.

La récente affaire Maddof fonctionne sur ce même principe : les gains des premiers sont les mises des derniers, et au milieu, l’entreprise qui gère tout ça prenant sa commission sur le tout. Le scandale autour de cette affaire a beau avoir fait beaucoup de bruit, personne ne semble avoir remarqué que c’est en fait le système financier entier qui repose sur ce principe et qu’il faudrait condamner.

Avec l’économie de marché, la richesse est capable, comme avec le système Paypal, de s’auto-créer. On investit une certaine somme en bourse ou en épargne, et on en retire un dividende ou une plus-value sans rien faire, et sans trop se demander d’où il vient. Mais cette manne idylique correspond aussi à une réalité : pour qu’un investissement rapporte, il faut qu’à un moment, quelqu’un travaille pour créer la richesse. On se retrouve donc avec une autre pyramide : au sommet, on trouve une minorité d’ultra-riches, d’actionnaires, d’investisseurs, dont les revenus proviennent uniquement du capital. Au milieu, les classes moyennes des pays riches, qui récoltent un peu d’argent de leur compte épargne. Et tout en bas, les travailleurs des usines du Tiers-Monde, qui travaillent beaucoup pour gagner très peu.

Le système semble fonctionner correctement, puisqu’au cours du XXème siècle, les très riches s’enrichissent (beaucoup), les classes moyennes voient leurs conditions de vie s’améliorer (un peu), et les habitants du Tiers-Monde également (très peu). Mais la réalité rattrape le système financier, les richesses du monde n’étant pas extensibles à l’infini. Il est donc illusoire de penser qu’on peut continuer à améliorer les conditions de vie de tout le monde sans rogner sur la richesse des plus favorisés. Puisque ces derniers sont aussi ceux qui contrôlent l’économie, et que remettre en question leur fortune leur semble hors de question, les dernières décennies ont vu, non pas un rééquilibrage des trois niveaux de la pyramide, mais un déséquilibre total : la hausse du niveau de vie des deux étages du bas s’est ralentie, voir stoppée. Justifier cela par la théorie fumeuse du “ruissellement”, qui dit que l’enrichissement du haut de l’échelle profitera forcément au bas, c’est nier la réalité. C’est l’argument qu’utilisent les libéraux pour défendre leurs intérêts, en laissant penser qu’ils vont dans le même sens que l’intérêt général.

La crise économique n’est jamais que le rattrapage du système capitaliste par la réalité matérielle : la création d’argent par la simple spéculation est un non-sens complet, la plupart des richesses ainsi créées ne correspondent à rien du tout, et il fallait bien que la bulle explose un jour ou l’autre. Malheureusement, les solutions proposées passent surtout par la réparation de la pyramide capitaliste, et non sa remise à plat et sa remise en cause. Sans ça, c’est une nouvelle bulle qui pourrait faire encore plus de dégats qui s’annonce.