You know what ? I’m happy !
Politique 29 août 2008Je vais me sentir seul après cet article, mais je n’ai pas honte de le dire : je suis absolument ravi cette année de payer mes impôts pour la première fois (sans compter les impôts locaux l’année dernière). La facture est salée pourtant, presque un mois de salaire net. De quoi m’acheter une belle télé à écran plat, et un gros PC dernier cri, ou tant d’autres choses. Mais non, cet argent ira entretenir les routes et les hôpitaux, et c’est pas plus mal.
Je suis un peu trop optimiste, je l’avoue. Avec un gouvernement aussi mauvais que celui qu’on a, mes impôts serviront surtout à boucher le nouveau gros trou du bouclier fiscal et à envoyer des troupes mourir en Afghanistan. Tout de suite, c’est nettement moins sexy. Mais c’est sur le principe que ça compte aussi. Je ne ferais pas le gros démago tendance Contribuables Associés ou Alternatives Libérale. Je ne jouerais pas le lecteur de Valeurs Actuel spolié parce qu’on ose lui faire payer une nouvelle petite taxe de rien du tout. Je les laisse à leur égoïsme, à leur individualisme, à leur vision du monde fermée sur leur seule petite personne que la moindre idée de donner de l’argent qui pourrait profiter à autrui débecte (”Mon dieu ! Donner notre argent à la plèbe ! Aux chômeurs ! Quel scandale ! Pourquoi ne peuvent-ils pas être riches comme nous autres ?”).
J’ai eu l’occasion de voir de près ce qu’étaient le RMI, le SMIC, les fins de mois difficile. J’ai beau ne pas être né dans une famille aisée, j’ai pu aller à l’école et faire des études gratuitement. Et grâce à tout ça, aujourd’hui, j’ai un travail intéressant et un salaire plus que correct. Parce que d’autres ont payé des impôts pour tout ça. Et parce qu’aujourd’hui, quelque part, je rembourse ce dont j’ai pu profiter gratuitement, pour que d’autres puissent avoir les mêmes chances que moi. Etant diabétique, je profite également d’un système de santé qui me permet de me soigner plutôt que de crever. A moi aussi d’y contribuer.
J’ose espérer que tout ceci sera encore possible dans les années qui viennent. Parce qu’avec le virage ultralibéral qui se fait depuis quelques dizaines d’années déjà, c’est la course à l’individualisme et au chacun pour soi. On arrive à convaincre les gens qu’il n’est pas normal qu’ils payent des impôts (soit disant pour des chômeurs fainéants ou des fonctionnaires inutiles). Tout ça pour que le mouton suive l’intérêt d’une poignée qui ne pense qu’à garder son argent pour elle plutôt que d’agir dans l’intérêt du plus grand nombre et des plus pauvres avant tout. On arrive à faire croire aux “classes moyennes” que la moindre baisse d’impôt leur profitera (mais combien ont profité du bouclier fiscal ?), et qu’ils pourront ainsi acheter une nouvelle voiture et une nouvelle télé. Quel progrès ! Sacrifier son système de santé et ses services publics pour pouvoir regarder le JT en haute définition, c’est vrai que ça valait le coup.
Il y a quelques années, Alternatives Economiques publiait une pétition contre la démagogie consistant à hurler à la pression fiscale, en répandant entre autres les idées les plus fausses sur l’impôt (entre autre, que la France est le pays où l’on en a le plus au monde). Dommage qu’elle ait été si peu entendue, contrairement au “Cri du contribuable” dont la seule idée fixe est de ne plus payer d’impôts (c’est simple, c’est démago, ça plait à tout le monde).
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