Le principe du web 2.0, si on met de côté les concepts techniques (Ajax, RSS, webservices et compagnie), c’est avant tout l’idée de site collaboratif. Des sites où le contenu est fait en quasi totalité par les visiteurs. Ca peut donner des choses très intéressantes, comme Wikipedia ou Last.fm, mais au pays de la netéconomie, toutes les occasions sont belles pour gagner de l’argent, encore plus quand il s’agit de ne rien faire ou presque. On assiste donc a une seconde bulle Internet (la bulle 2.0), avec de nouvelles start-up dont on sait d’avance que peu survivront à un éventuel éclatement prochain. C’est désolant de voir progresser cette mentalité Loïc Le Meuresque, l’envie de faire de l’argent, en grande quantité et en peu de temps, dans l’espoir de revendre son bébé, tout en se disant “entrepreneur” (les entrepreneurs sont très à la mode en ce moment, parce que tu comprends, c’est eux qui crèent de la richesse et des emplois). C’est encore plus désolant quand ça touche aussi des sites qui avaient à priori l’air de petits sites sympa.

C’est donc ce qui semble être le cas sur VieDeMerde (alias VDM). Le site partait d’un bon principe : que les visiteurs racontent une anecdote amusante de leur vie. Le principe ressemble beaucoup à BashFr, sauf qu’IRC est remplacé ici par la vraie vie. IRL. Mais ce qui est resté un bon délire sur BashFr est devenu une entreprise commerciale sur VDM. Il faut dire que les créateurs du site avaient un CV qui annonçait la couleur : jeunes entrepreneurs d’une petite start-up du net, ils ont surtout profité du succès inattendu (ou pas) du site pour faire parler d’eux. C’est à ce moment là que la machine à faire du buzz se met en route. Des articles dans des journaux, un passage sur Canal +… le site gagne en notoriété. Et pour faire un peu plus de clics, faire venir et revenir les visiteurs, tous les moyens sont bons, quitte à rogner sur la qualité. On commence par diffuser le plus de VDM possible. Peu importe que 90% soient aussi dignes d’intérêt qu’une mauvaise blague Carambar, l’important est d’avoir du contenu renouvelé en permanence. Autre trouvaille : permettre de commenter les VDM. Autant de nids à troll velu dont le niveau intellectuel ferait passer le Bigdil pour un programme culturel. Mais peu importe, maintenant, les visiteurs viennent non seulement voir les nouvelles VDM, mais aussi les nouveaux commentaires, et c’est autant de clics gagnés pour afficher de la pub. Suivent alors les incontournables produits dérivés : T-shirts, autocollants, badges… les slips et les mugs pour bientôt ? Pas mal pour un site de quelques mois à peine. Dans la foulée, on propose aussi à des dessinateurs en herbe d’illustrer quelques VDM, ça a beau offrir un intérêt très limité, c’est toujours ça de gagné. Bien entendu, tous les contributeurs cèdent leur droit d’auteur et ne sont absolument pas rémunérés, mais quand des centaines de gens sont prêts à le faire juste pour leur quart d’heure de gloire, pourquoi se priver ? Mais, après avoir aussi expérimenté les “VDM en vidéo”, le partenariat avec une chanteuse qui se cherchent un peu de promo, le must est sans doute le livre. Imaginez : vendre un livre sans même avoir à l’écrire !

J’espère me tromper, et c’est de toute façon sans commune mesure avec les dizaines de “grosses” start-up, mais je crois qu’avec VDM, on a une illustration du site qui cherche avant tout le buzz, le profit à court terme, en voulant faire toujours plus au détriment de la qualité du contenu. Il faut reconnaître qu’un tel site n’a rien de sorcier à concevoir, l’essentiel du contenu étant ajouté par les visiteurs. Mais on est hélas loin de l’esprit “communautaire” que l’on peut retrouver ailleurs, ni de l’esprit amateur des petits sites qui se font juste pour le plaisir sans chercher à gagner d’argent (ou au mieux, de quoi s’auto-financer). Vie De Merde ? Hélas devenu Site De Merde…