Trouvez une histoire bien dégoutante. Un meurtre qui pourrait figurer en couverture de Nouveau Détective. Si possible sur un enfant, pour que l’opinion publique soit vraiment bien remontée. Parlez-en dans les médias, le plus possible. Faites des dépèches à chaque information, même mineure, sur le sujet, pour être sûr que le pays entier ne puisse pas l’ignorer. Tant pis si des centaines de personnes risquent de se mêler à l’intimité de la famille de la victime. L’important est de faire dans l’émotion instantanée. De faire oublier aux gens de réfléchir. Le but est clair comme de l’eau de roche, mais tout le monde n’y verra que du feu : se servir d’un fait divers pour justifier une loi. Montrer aux gens qu’on a agit, qu’on les protège, et qu’on va enfin condamner les “méchants”.

Peu importe que la récidive ne représente qu’une infime partie des crimes commis, l’important est de montrer ceux qui correspondent à la loi qu’on veut faire passer. Avant son vote, les médias bombardaient de cas de pédophiles récidivistes, négligeant consciencieusement les autres. Les quelques récalcitrants, ceux qui réfléchissaient avec leur cerveau, sans verser dans la vengence et dans l’émotion immédiate, étaient considérés comme les alliés des criminels. Comme si ne pas souhaiter un lynchage en place publique plaçait les gens d’office du côté des “méchants”. Bonne tactique aussi pour discréditer ses adversaires politiques !

Rachida Dati est contente. La presse lui a servi sur un plateau une histoire pour démontrer la prétendue efficacité de sa loi. Peu importe qu’à plus long terme, on s’aperçoive de l’erreur, l’important est d’en parler aujourd’hui, et d’oublier demain. Et ensuite, pourquoi ne pas continuer dans la foulée ? Pourquoi ne pas profiter de l’histoire pour instaurer un couvre-feu ? Pour faire pleuvoir les sanctions sur les parents jugés “irresponsables” ? Pourquoi ne pas rétablir la peine de mort, tant qu’à faire ? L’opinion y est prête, et accepterait sans broncher.