Plus on répète un mensonge, plus les gens finissent par y croire. C’est ce qu’il se passe du côté des Freenautes. Il suffit de leur répéter que s’ils payent si peu cher leur accès à Internet, c’est grâce à la concurrence, qui a fait baisser les prix comme par magie. Les voilà qui y tiennent tellement, à leur sacro-sainte concurrence, qu’ils en redemandent, ils vont jusqu’à signer une pétition pour le droit de se faire tondre par un nouvel opérateur mobile.

L’Internet en France s’est développé principalement sur le réseau de téléphonie cuivre. Ce réseau est homogène un peu partout dans le pays, et touche même les zones rurales, contrairement au réseau câblé. Le mérite en revient au déploiement effectué par France Télécom du temps où il s’agissait d’un service public : qui dit service public, dit “on cherche à toucher le plus de gens possibles et pas juste là où c’est rentable”. C’est en 1997 et en 1998 que France Télécom est privatisée. Quelques années plus tard, l’ADSL apparaît et permet des abonnements illimités. C’est à partir de ce moment que les prix des connexions Internet commencent à baisser. Les FAI autres que FT profitent du réseau déjà en place et du dégroupage pour proposer leurs offres, réservées en priorité aux zones rentables, les ruraux désespérants de voir des installations près de chez eux. France Télécom, lui, est forcé de conserver des prix supérieurs aux concurrents, pour les aider à “grignoter son monopole”, ce que les abonnés des autres (Freenautes en tête) voient comme un signe que FT est un grand méchant qui profite de son monopole. Grâce au haut débit apparaît la VoIP, qui permet de téléphoner en utilisant Internet, on voit aussi des forfaits de téléphonie fixe illimités couplés aux forfaits Internet. C’est grâce à ces deux technologies (ADSL et VoIP), et non pas grâce à une concurrence bien illusoire, que les prix de la téléphonie fixe baissent.

Aujourd’hui, alors qu’Internet entre dans l’ère de la fibre optique, la situation est différente : les opérateurs sont privés, et ne cherchent qu’à s’installer là où ils pourront être rentables. Les trois opérateurs présents vont chercher à s’installer “prem’s” dans les quartiers, soit pour être le seul opérateur disponible, soit pour louer leur fibre aux éventuels concurrents. Dans tous les cas, chacun cherchera à bloquer le plus possible ses adversaires pour garder ses clients.

Dans le même temps, si les factures de fixes se réduisent à peau de chagrin, une autre facture grimpe. Ou plutôt, d’autres factures (puisqu’on n’a plus une ligne pour la famille, mais une pour chacun de ses membres) : celles du mobile, qui explose dès le début des années mobiles. Trois opérateurs se partagent ce juteux marché. Malgré la concurrence des trois, les prix ne baissent pas : tant qu’il y a des gens pour en consommer toujours plus, pourquoi baisser ? Les trois se font alors taper sur les doigts par l’ARCEP, l’autorité publique de régulation des télécoms, pour “entente sur les prix”. Il est amusant de constater que, pour faire “marcher” la concurrence, il est nécessaire, non pas de déréguler au maximum (la vieille croyance dans la “main invisible du marché” des libéraux), mais de réguler : seule une puissance publique peut faire quelque chose pour faire baisser les prix. Résultat de l’opération : rien, les prix continuent de grimper.

C’est là que Free entre en jeux. Non content de faire baver ses abonnés avec un forfait “fibre” pas cher qui ne sort jamais, il souhaite aussi grignoter une part du juteux marché mobile. Et sa réputation de “cost killer” (qui masque une réalité de “quality killer”) laisse à penser aux Freenautes que Frite a la ferme intention de bousculer le marché et de faire baisser les prix. La réalité risque de les rattraper : Free est une boîte privée, dont le seul est unique but est le profit, et non pas le service au consommateur. Comment un nouvel opérateur qui doit déployer un quatrième réseau d’antennes va pouvoir lancer un service de qualité équivalente à moindre coût ? Soit la qualité du service va en prendre un sacré coup (nul doute que le réseau ne sera pas disponible ailleurs que dans les grandes villes, dans un premier temps), soit il fera la même chose que les autres : un service cher. Dans tous les cas, tout sera fait pour pousser les gens à consommer toujours plus de téléphone mobile, ce qui ne sera pas pour arranger leur si précieux pouvoir d’achat.

Dans tous les exemples qu’on peut voir, l’ouverture à la concurrence a fait grimper les prix, et incite les gens à consommer plus de services inutiles. Seule la téléphonie fixe “semble” avoir baissé, grâce à de nouvelles technologies qui arrivent à peu près à la même période que l’ouverture à la concurrence, alors que les factures de téléphone se sont envolées à cause du mobile. Pourquoi vouloir à tout prix accentuer encore la situation avec un nouvel opérateur ? Pourquoi, au lieu de trois ou quatre réseaux de téléphonie mobile de piètre qualité (et dont on sait que les ondes peuvent avoir des effets néfastes sur la santé), ne pas préférer un seul réseau, de bonne qualité, moins coûteux à déployer et à entretenir que plusieurs ? Pourquoi ne pas préférer à des entreprises privées qui cherchent à vendre tout et n’importe quoi, un service public qui fournira l’essentiel à bon prix ? Pourquoi aller jusqu’à lancer des pétitions pour demander le “droit” à se faire plumer consommer plus ?