J’aime beaucoup 24 (Heures Chrono), ses complots tirés par les cheveux, son Jack Bauer qui passe au travers de toutes les balles, qui est capable de se remettre d’aplomb d’un an et demi de torture en l’espace d’une heure, et qui sait tuer 15 terroristes à lui tout seul rien qu’avec les dents. Et pourtant, cette série est largement politisée, puisqu’elle traite de terrorisme, mais aussi de l’exercice du pouvoir par le Président des USA. Alors, 24, série droitière ? Attention, spoilers.

Etant diffusée par la Fox, qui est un peu le réseau télé de référence Bushiste, et à côté de laquelle TF1 passe pour une chaîne culturelle, on peut s’attendre à quelque chose de bien à droite toute. L’idée que les Etats-Unis sont sous la menace permanente de dizaines de groupes terroristes extrêmement bien organisés, que son voisin musulman est peut-être l’un d’eux, et qu’une bombe nucléaire peut exploser à tout moment, est véhiculée tout au long de la série. Et pourtant, plusieurs choses vont dans l’autre sens.

D’un point de vue général, on remarque quand même que le président le plus “sympa” est, dans les trois premières saisons, un “black”, sorte de Barrack Obama avant l’heure, démocrate de surcroit. Il est d’ailleurs du genre à préférer éviter de balancer des bombes sur les autres pays, ce qui contraste beaucoup avec la ligne républicaine de la Fox. Le président qui lui succède, du moins, le président Logan, dans la saison 5, du camp adverse (républicain donc), est au contraire un connard qui cherche, avec l’aide d’un copain marchant d’armes, à provoquer des attaques terroristes dans le pays pour justifier des politiques de défense ultra répressive (tiens, comme W.).

La saison 2 peut être mise en parallèle avec la guerre en Afghanistan. Dans celle-ci, des terroristes tentent de faire exploser une bombe nucléaire aux USA (classique). Sauf que ceux-ci sont en fait utilisés, d’une part, par des membres du gouvernement, qui cherchent à provoquer un changement de politique chez le président (surenchérir dans la lutte antiterroriste), et d’autre part, par un groupe pétrolier pour qui le conflit avec un pays (non identifié) du Moyen-Orient lui permettrait de voir le prix du baril (et donc ses bénéfices) s’envoler. S’ajoute de plus un marchand d’armes (même si celui-ci n’est véritablement révélé que dans le jeu vidéo, qui se déroule peu de temps après la saison). Ca ressemble fort à une critique de la politique de Bush, et pour un peu on croirait qu’une bande de gauchistes à envahit les scénaristes (ce qui expliquerait aussi leur grève). Rebelotte également dans la saison 6, où un complot au sein du gouvernement tente de faire assassiner le président pour mettre à sa place le vice-président, plus enclin à appliquer des politiques répressives (comme, par exemple, détenir “préventivement” tous les musulmans au cas où ils seraient des méchants, ou encore balancer une bombe atomique sur un pays soupçonné d’aider les terroristes).

A l’inverse, on peut s’interroger sur les méthodes employées par Jacky, qui ne prend même pas la peine d’envoyer ses prisonniers à Guantanamo avant de les torturer (en même temps, en 24h, il a pas trop le temps…). Dans la saison 2, il commence par tuer, peinard, un prisonnier, puis à lui couper la tête, juste parce qu’il en a besoin pour s’infiltrer chez les méchants. Mais l’apothéose se situe surtout dans la saison 4 (sans doute la plus mauvaise de toutes). En début de saison, le ministre de la Défense (un gentil), fait la morale à son fils, qui a des tendances pacifistes : “On n’est pas dans un monde à la Mickaël Moore !” (il n’est pas précisé ce qu’est “un monde à la Mickaël Moore”, mais nul doute que la remarque n’est pas très sympa pour le cinéaste). On apprendra plus tard que ce même fils, naïf (forcément, puisqu’il est pacifiste), aura malgré lui aidé des terroristes. Mais le point le plus marquant reste sans doute l’épisode où Jack capture un complice des méchants, et s’apprête à le torturer. Apprenant la nouvelle, les terroristes font appel, non pas à une de leurs divisions locales, mais à… Amnesty Global, association de défense des droits de l’homme (la ressemblance avec un autre Amnesty est frappante), qui viendra empêcher le bon Jacky de faire son boulot de sauveur de l’Amérique.

Deux visions de la politique américaine qui s’opposent, donc, dans une même série, qui fait s’interroger sur son orientation politique (et si les scénaristes de la saison 2 avaient été virés car trop à gauche, puis ceux de la saison 4 car trop mauvais ?). Dans tous les cas, 24 reste une fiction. A ne surtout pas prendre au premier degré, donc.