Après avoir raconter mes aventures chez Adrexo, voici mes aventures, brèves, chez Acadomia. Acadomia (ou Cacadomia pour les intimes), c’est un de ces nombreux fournisseurs de services à la personne défiscalisés qui profite des largesses de l’Etat pour proposer des cours à domicile aux gosses de riche.

Alors que je cherchais à arrondir mes finances pendant mes études, j’avais passé une annonce pour donner des cours particuliers en maths. A 12 euros de l’heure, j’étais plutôt pas cher. Tellement que j’ai voulu monter un peu le tarif en recevant un coup de fil pour mon annonce. Réponse de mon interlocutrice : “Ah, bah ça revient aussi cher que si je passe par Acadomia avec la réduction d’impôts, je vais aller voir chez eux”. Comme ça, je risquait pas de pouvoir faire grimper mes prix…

Car le principe d’Acadomia est simple : on paye environ 30 euros l’heure de cours (variable selon le niveau ou les matières), et la moitié de cette somme est déductible des impôts. C’est une niche fiscale très intéressante pour qui paye pas mal d’impôts et aimerait donner un coup de pouce à ses élèves en difficulté. Inutile de préciser qu’il faut déjà un bon revenu pour se payer ce genre de services : jamais un prof d’Acadomia n’ira donner de cours à des enfants de smicard. Ainsi, ce beau cadeau fiscal permet de financer les cours particuliers d’une poignée de gosses de riches, plutôt que d’investir dans l’école publique pour tous.

Me voilà donc à aller voir chez Acadomia. Là encore, c’est du travail précaire : pas question d’avoir des revenus fixes, on est payé à l’heure, quand il y a des cours à donné, sinon c’est niet. Pas vraiment le genre d’endroit où faire carrière, donc. Mais la majorité des profs employés sont comme moi : des étudiants qui cherchent juste un petit job. Tout semble donc aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le tarif à l’heure est de 14 euros 50 (pour un cours payé environ le double par le client). Ca paraît pas mal comme ça, c’est environ deux fois le smic. Ca n’inclut par contre pas le transport (parce qu’on peut souvent avoir une heure de trajet pour une heure de cours), ni la préparation des cours, ni le dépassage de l’horaire (parce que oui, moi, consciencieusement, il m’arrivait souvent de prendre 15/20, voir 30 minutes de plus, pour finir un exercice ou des explications). Il faut aussi payer une assurance, obligatoire, de 15 euros par an (en général, la première heure de cours donnée sert à la payer). Le reste, c’est tout bénef pour Acadomia, qui au final ne fait que servir d’intermédiaire entre professeurs et élèves.

Et les parents peuvent vite comprendre que c’est pratique, d’avoir cet intermédiaire. En effet, au bout de 3 cours donnés à une élève, je reçois un coup de fil de Cacadomia me notifiant que ça n’est plus la peine d’y retourner : d’un simple coup de fil, les parents ont décidé qu’ils allaient demander quelqu’un d’autre. Comme ça, sans avoir à dire pourquoi je ne convenais pas, sans avoir à me le dire directement, sans trop s’embêter quoi. Me voilà qui décide de laisser tomber Acadomia, bien dégouté quand même. Je m’en retournais donc à mes cours “au black”, au moins, là, il n’y a pas d’intermédiaire pour se servir dans les caisses de l’Etat.