Dans la série “Sarkozy, c’est vraiment un président de merde, mais faut bien lui concéder deux trois trucs bien”, c’est tout récemment (et discrètement) qu’a été voté la loi limitant la hausse des loyers, indexés maintenant sur l’inflation, et le passage de 2 à 1 mois de caution solidaire. Ce qui est très con, c’est que j’emménage le 5, et que la loi sera promulguée à la mi-février, donc logiquement j’en profite pas, mais ça reste quand même une bonne chose.

Ce qui est plus rigolo, c’est la réaction des propriétaires. Ces pauvres bougres réclament depuis longtemps le droit de virer les locataires comme ça leur chante en moins d’un mois (pour, par exemple, loger le petit neveu qui cherche un appart), quand ça n’est pas eux même qui se permettent de se mettre hors la loi en demandant des avances de loyer d’un an (j’en ai déjà vu). Alors là, se dire qu’ils ne pourront plus mettre qu’un seul mois de loyer sur leur compte épargne, ça les fait un peu chier, forcément.

C’est là qu’ils utilisent un argument de taille : “Si on a plus qu’un seul mois de garantie, on va devoir être vachement plus sélectifs sur les dossiers”. Toute personne ayant déjà vécu le plaisir de se faire rembarrer pour une location d’appart parce qu’il y a devant lui 15 personnes avec des dossiers en béton, alors que lui n’a qu’un seul parent au SMIC, remarquera que les propriétaires n’ont en général pas attendu cette loi pour être ultra sélectifs, et que déclarer que cette loi, qui favorise les locataires, va en fait les défavoriser, est un argument bien ridicule.

Ca fait penser un peu à ce que martelle le MEDEF : pour pouvoir embaucher plus, il faut pouvoir licencier plus facilement. Ainsi, faciliter la suppression d’emplois permettrait d’en créer. On croit rêver face a une telle logique… Ca me rappelle beaucoup un épisode de South Park, où deux chasseurs décrètent qu’ils doivent tuer des animaux pour réguler leur espèce, et arrivent à cette conclusion : “Nous devons tuer des animaux, sinon ils risquent de mourir”.

Mais il y a plus fort encore. Quand, pour aider a résoudre la crise du logement, on ose proposer la réquisition de logements vides, nos amis propriétaires viennent s’insurger que l’on touche à leur droit de propriété, et donc aux Droits de l’Homme ! La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme [1] stipule bien qu’on a droit à la propriété (article 17). Toute personne a donc le droit d’être propriétaire de sa maison ou de son appartement, de sa voiture, etc… Les gros propriétaires étendent un peu leur définition de ce droit, pour qu’il devienne, grosso modo, le droit de posséder 20 appartements vides qu’on refuse de louer pour spéculer, faire grimper les prix et se faire une jolie plus value sans avoir a bouger le petit doigt. Une personne censée remarquera qu’au vu de la crise du logement, il serait bien difficile de permettre à tout le monde d’avoir un toit (article 25 de la même déclaration) si tout le monde faisait ça, voir même d’être propriétaire de son logement, vu que la hausse des prix en complique un poil l’achat. Mais s’asseoir sur ces deux articles ne les dérange nullement, tout ce qui les intéresse, c’est qu’ils s’appliquent à eux seuls et tant pis pour les autres…

[1] http://www.un.org/french/aboutun/dudh.htm