Tout est question de vocabulaire
Politique 6 septembre 2007Si un politique au pouvoir le voulait, il pourrait réinstaurer la monarchie. Il suffirait d’appeller ça “modernisation de la vie politique”.
Celui qui contrôle le vocabulaire contrôle l’opinion, et donc le monde, et pour contrôler le vocabulaire, il est bien commode de contrôler les médias. Il suffit donc de répéter qu’une réforme est super moderne dans tous les journaux pour que les gens y croient. Peu importe le contenu, c’est le nom qui compte. Par exemple, revenir sur les 35 heures, augmenter la durée légale du travail, c’est super moderne. C’est Sarko qui l’a dit. En effet, quand au XIXème siècle, on bossait plus de 70 heures sans congés, on était au top de la modernité, c’est bien connu. Il faut donc absolument revenir à ce progrès magnifique que sont les 70 heures sans plus attendre.
Récemment, c’est l’oxymore “TVA sociale” qui a fait parler de lui. Là par contre, il n’a pas suffit de coller “sociale” au terme pour duper les gens. Ils ont bien remarqué le “TVA” devant, et les impôts, les gens n’aiment pas. Il aurait mieux valu nommer ça “réduction du coût effectif” ou un truc du genre pour que tout le monde soit content, comme ça, les gens ne remarqueront pas que c’est un impôt (qui plus est, injuste). Eric Besson l’a dit [1] : la TVA sociale est un vilain mot, non pas parce qu’elle n’est pas sociale, mais parce qu’elle n’est pas TVA.
C’est de la même façon que les libéraux se disent les plus accros à la liberté. Mais la confusion est si facilement faite entre libéralisme économique et liberté individuelle. L’exemple montre que le premier s’accorde parfaitement avec l’absence de la seconde, et on constate que ce sont justement les plus “libéraux” qui sont aussi les plus “totalitaires”, tel Bush et son Patriot Act, Sarkozy et sa surprésence policière et ses caméras… Mais les gens aiment la liberté, il suffit de leur en donner, même si en pratique, la seule liberté offerte par le libéralisme économique est celle de disposer de son personnel sans aucune contrainte, en licenciant à loisir et en imposant n’importe quelle condition de travail.
Aujourd’hui, les néoconservateurs se disent progressistes, les politiques qui vivent dans une bulle d’ultra riches coupés du monde se veulent réalistes, un journal ultra-réac se nomme Valeurs Actuelles, et refuser la régression est vu comme du conservatisme. Les Etats-Unis ont au moins le mérite de lire le dictionnaire à l’endroit. Là bas, les libéraux et les progressistes désignent la gauche (enfin, la gauche de la droite, en l’absence d’une vraie gauche américaine). Enfin, je ne peux que recommander la lecture de Noam Chomsky, éminent linguiste, qui détaille bien en quoi le vocabulaire peut être d’une importance capitale dans la “propagande” [2].
[1] Le Figaro, 5 septembre 2007
[2] Noam Chomsky - De la propagande (Fayard, 2002, ISBN 226403761X) (je cite un seul livre parce que je l’ai lu, mais il en a écrit un paquet sur le sujet)
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