Parmis les petits partis que j’ai pu voir aux législatives, il y en a un nommé Alternative Libérale. Comme son nom l’indique, il est très orienté libéralisme économique, prônant donc la liberté (d’entreprendre, pas les libertés individuelles). En cherchant quelque chose qui n’avait rien à voir, je suis tombé sur un article de leur site [1]. Le contenu est assez risible, puisqu’il développe la thèse selon laquelle la France serait dirigée par les fonctionnaires et les syndicats. Tous les clichés y passent : les syndicats sont marxistes au couteau entre les dents, les fonctionnaires fainéants et privilégiés, le complot des gauchistes pour prendre le pouvoir… Morceaux choisis :

La mauvaise monnaie chassant la bonne, ces comportements fondamentalement anti-démocratiques des syndicats ont été imités par d’autres types de minorités agissantes, les associations défendant tel intérêt catégoriel, ou telle thèse politique extrême – cela va de SOS Racisme à Greenpeace, Attac, les « Forums sociaux », Droit au logement, la Confédération paysanne, Act-up, etc. Là encore, l’expérience montre que ces groupes sont « entendus ».

En effet, les ONG ont vachement de pouvoir… et surtout c’est tous des méchants. Prôner l’écologie, le droit des homosexuels, ou la lutte contre le racisme… franchement, quels salauds !

En effet, pour accéder à ce nouveau type d’influence, il faut oser mépriser la loi, violer les droits et la propriété d’autrui. Il faut disposer aussi des techniques de l’agit-prop, s’être entraîné, avoir formé des milices (appelées par euphémisme, ou plus exactement par antiphrase, « services d’ordre »), s’être procuré des camions, des cars, des calicots, des mégaphones, des barres de fer, etc. C’est là toute une « culture » que seuls possèdent certains milieux sociologiquement typés, toujours les mêmes, à savoir les syndicats marxisés et les associations sur lesquelles leur « culture » a déteint (et qui sont d’ailleurs souvent leurs filiales ou leurs avatars).

Hou là, en plus, ils défilent avec des barres de fer (perso, j’en ai jamais vu en manif…), et même des mégaphones ! Ils achètent des camions ! Vraiment une bande de dangereux marxistes…

Il est bien connu que c’est le cas dans l’Éducation nationale, où il serait d’ailleurs plus juste de dire qu’ils sont l’unique hiérarchie qui gère le système, puisque la plupart des fonctionnaires du ministère qui, en principe, le co-gèrent avec eux, sont eux-mêmes des syndicalistes obéissant pour l’essentiel aux mots d’ordre et à l’idéologie de leur organisation. Le ministre et son cabinet, seuls représentants légitimes du peuple qu’on dit souverain, n’ont, par eux-mêmes, pratiquement aucun pouvoir (même et surtout pas sur l’« intendance »). Mais c’est là un cas extrême, qui exigerait une analyse spécifique. On sait que le système éducatif a été depuis le début du xxe siècle le principal enjeu stratégique de la gauche, qui a consacré toute son énergie à l’investissement complet de ce terrain et y est parvenue.

Putain, les gauchistes ont pris possession de l’Education Nationale… On est vraiment dans la merde. En plus, tous les profs sont des syndicalistes qui obéissent aveuglément à leur syndic… c’est bien connu.

Une situation de cogestion existe aussi dans les autres ministères, en particulier au ministère des Finances où ce sont les syndicats qui fixent en grande partie non seulement la pratique de l’impôt, mais sa doctrine. Elle existe encore dans les grandes entreprises publiques, EdF, SNCF, RATP, Air France, etc., dans la plupart desquelles la CGT, la FSU ou FO partagent le pouvoir à part égale avec les directions nommées. Enfin, les syndicats gèrent en direct l’immense secteur de la protection sociale, lequel brasse plus de la moitié de l’argent public et plus du quart du PIB.

Oui c’est vrai, les syndicats gèrent directement toutes les finances du pays. Mon dieu, ils sont infiltrés partout !

On peut dire qu’il y a eu, au total, un transfert forcé de richesses du secteur privé au secteur public. Bien que ceci ait été fait au nom de la justice sociale, qui consiste en principe à prendre l’argent des « riches » pour le donner aux « pauvres », le transfert de richesses qui a réellement eu lieu en France pendant ces décennies n’a pas été un transfert vertical de la « France d’en-haut » à la « France d’en-bas », mais un transfert horizontal allant des classes moyennes du secteur privé non syndiqué aux classes moyennes du secteur public syndiqué.

Prendre au privé pour donner au public ! Ah tiens, non en fait quand on y regarde, c’est bien dans le privé que l’argent se concentre. Aux dernières nouvelles, il fait meilleur être chez Lagardère que chez La Poste… enfin moi je dis ça…

Si l’on en croit les données rassemblées par Jacques Marseille ou par Michel Drancourt et Michel Brulé, la nouvelle classe dominante, comme celle de l’Ancien Régime, bénéficie en effet de véritables privilèges : salaires supérieurs à ceux du privé (sauf pour les plus hauts postes), retraites obtenues plus tôt, à meilleur taux, avec moins d’annuités de travail, garantie de l’emploi, temps de travail inférieur, etc., et (en conséquence) durée moyenne de vie supérieure à celle du reste de la population. Les agents de l’EdF, de la SNCF, de la RATP, de la Banque de France, etc., ont aujourd’hui des revenus et autres avantages très supérieurs à ce qu’ils seraient si ces agents rendaient le même service sur un libre marché où ils seraient rémunérés selon la valeur marginale que le consommateur entend volontairement consentir à ce service ; ou, si l’on préfère, ils offrent, en échange d’un revenu donné, sensiblement moins de travail que celui qu’ils devraient offrir si l’échange était contractuel.

C’est vrai que les salaires du public sont carrément supérieurs à ceux du privé (ah, on me souffle que c’est l’inverse en pratique). Et puis surtout, une bonne retraite, la sécurité de l’emploi… quels privilèges inacceptables !

Enfin bref, une bonne bande de rigolos, aveuglés par un idéologisme qui se dispense de tout sens des réalités…

[1] http://www.alternative-liberale.fr/t148-La_double_oligarchie_de_la_Veme_republique.html